> Le livre des Actes 1-20 - Église Protestante Baptiste de Faremoutiers

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Le livre des Actes
1-20
Actes 20        > suite
Le chapitre 20 nous relate pour une grande partie les adieux de Paul aux anciens de l’Eglise d’Ephèse. Et je vous propose aujourd’hui de nous arrêter un instant sur cette Eglise. Du livre des Actes à l’Apocalypse, elle se trouve en effet en toile de fonds de plusieurs livres du Nouveau Testament (Actes 19-20, Ephésiens, 1 et 2 Timothée, Ap 2.1-7, et possiblement 1 Jean). En recoupant les informations de tous ces textes, nous arrivons ainsi à suivre son évolution sur près d’un demi-siècle.

Paul a passé près de trois ans à Ephèse. En dehors d’Antioche, cette présence constitue sans doute un record pour Paul. Il en a profité pour créer une école, qui a contribué à former de nombreux collaborateurs. Ces collaborateurs ont participé à l’implantation des Eglises de la province d’Asie (19.10).
Nous retrouvons la plupart de ces Eglises dans les 7 lettres de l’Apocalypse.

Bien que jouant un rôle majeur dans le développement des Eglises en Asie, bien qu’ayant été au bénéfice d’un enseignement systématique du meilleur théologien de l’époque (19.9), le défi l’Eglise d’Ephèse reste la fidélité à l’Evangile. C’est tout l’enjeu du discours que Paul adresse aux responsables, lors de leur rencontre de Millet : « Veillez sur l’Eglise et son troupeau […], prenez soin de l’Eglise de Dieu […] des loups féroces se glisseront parmi vous […] » (Ac 20.29).

1 et 2 Timothée témoignent que Paul avait vu juste. Quelques années plus tard, une des grandes missions confiées à Timothée sera en effet de mettre de l’ordre dans l’Eglise d’Ephèse et de faire taire les faux enseignants (1 Tim 1.6, 19 ; 4.1 ; 6.10, 21 ; 2 Tim 2.18 ; 4.4). Leurs hérésies se caractérisaient essentiellement par une mauvaise compréhension du rôle de la Loi dans le plan de Dieu (influence judaïsante), mais aussi par un mépris du monde matériel et un certain laxisme moral (influence grecque). Ces 2 hérésies sont intimement liées à la nouveauté de l’Evangile : rassembler en son sein d’anciens juifs et d’anciens païens (Ephésiens 2.11-22), chacun particulièrement sensible à l’une ou l’autre de ces 2 influences.

Enfin après plusieurs décennies, nous découvrons dans l’Apocalypse un encouragement et un avertissement au sujet de l’Eglise d’Ephèse. Encouragement, elle n’est pas tombée dans le piège des faux apôtres (Apocalypse 2.2), elle a résisté à la doctrine des Nicolaïtes, qui prônait le compromis avec le paganisme (Apocalypse 2.7). Mais avertissement, elle a abandonné son premier amour (Apocalypse 2.4).

Fascinant de voir une Eglise changer en fonction des générations, en fonction de ceux qui s’y impliquent. Que pouvons-nous retenir de l’exemple de l’Eglise d’Ephèse pour notre propre situation ?
Nous ne sommes pas à l’abri des faux enseignements. L’Eglise d’Ephèse nous incite à l’humilité. Elle avait beau être rattachée à un des centres de formation les plus influents de son époque, elle a lutté pour ne pas sombrer loin de l’Evangile.
Ce faux enseignement peut prendre plusieurs aspects : l’enseignement formel (prédication, étude biblique, confession de foi), mais aussi une forme plus dissimulée (des comportements immoraux non dénoncés, des situations relationnelles non réglées). Tout cela participe à ce que l’on transmet sur l’Evangile. L’Eglise d’Ephèse nous rend humble. Nous devons faire preuve d’une grande vigilance, tous ensembles !  

Mais l’attachement doctrinal peut perdre de vue un autre élément essentiel de l’Evangile : l’amour ! Je ne sais pas s’il y a un lien de cause à effet dans le cas de l’Eglise d’Ephèse, mais ce n’est pas à exclure. Face aux dangers qui menacent l’Eglise, nous pouvons développer une certaine forme d’inflexibilité, de rigidité pour se protéger. C’est une manière de s’éviter bien des tourments, bien des blessures. Mais ces murailles sont alors au détriment de la compassion, de la bienveillance, du pardon, indispensables au véritable Evangile.  
Nos défis sont certainement bien différents de ceux de l’Eglise d’Ephèse. Mais dans le fond ce sont les mêmes. Nous devons faire aussi bien à l’influence du monde, qu’à l’influence du légalisme religieux. Comment y répondre avec amour et vérité ? Le confinement est peut-être un bon moment pour nous arrêter et réfléchir : est-ce que notre Eglise est bel et bien engagée sur cette voie ?


Le chapitre 19 du livre des Actes nous dresse un tableau coloré de la nouveauté apportée par le christianisme dans l’empire romain du 1er siècle de notre ère.

Nos ancêtres étaient sûrement bien plus conscients que nous de l’existence d’un monde invisible, en interaction avec notre monde matériel. C’est ainsi qu’on retrouve à Ephèse un groupe de juifs spécialisés dans la pratique de l’exorcisme. Que des personnes tentent d’influencer ce monde invisible a toujours existé. L’occultisme sévit aujourd’hui encore d’une manière souvent cachée en occident. La Bible affirme l’existence de ce monde invisible, mais ne nous donne volontairement que peu de détails sur son fonctionnement. Par contre, avec la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, elle annonce un bouleversement fondamental pour notre monde. Les puissances et les autorités du monde invisible ont été vaincues à la croix. Elles n’ont donc aucun pouvoir réel sur celui qui s’est confié en Jésus. Nous ne sommes pas appelés à développer une technique de manipulation des esprits mauvais (nous en sommes bien incapables), mais à grandir dans notre cœur à cœur avec Jésus-Christ pour leur résister. C’est ce que nous pouvons retenir de cet incident qui a accompagné la percée de l’Evangile à Ephèse (19.10-20).

La seconde chose marquante dans ce passage, c’est la manière dont le christianisme a fissuré la structuration de la société romaine. La séparation communautariste entre juifs et païens jusqu’à l’arrivée du christianisme entretenait certainement des haines  et du mépris. Mais en s’excluant mutuellement, ces deux communautés s’assuraient aussi un certain équilibre religieux et donc socio-économique. En annulant, par le salut en Jésus-Christ, ce qui rendait ennemis les juifs et les païens (Ephésiens 2.10)[1][1], le christianisme a abattu le mur de séparation et créé des situations comme celle qui a conduit à la manifestation d’Ephèse (19.23-40).
Le judaïsme jusque-là pouvait certes être stigmatisé au milieu du paganisme romain, lorsqu’on cherchait notamment un bouc émissaire à un drame inexpliqué. Mais le christianisme, en annonçant un Dieu unique à des païens jusque-là polythéistes, constituait lui une menace intérieure sérieuse, contre ce tout ce qui structurait la société romaine. Il finira par la métamorphoser, parce que son but n’était pas de transformer la culture (19.37), mais de changer les cœurs !

Enfin, il y a ce fameux passage du début du chapitre, où Paul rencontre un groupe de disciples, baptisés uniquement du baptême de Jean-Baptiste. Selon l’enseignement de leur maître, par ce baptême, ces disciples s’étaient engagés dans une démarche de repentance. Elle consistait à reconnaître leur manquement devant Dieu et à faire tous leurs efforts pour se comporter selon sa volonté. Mais il leur manquait la transformation essentielle, celle accomplie par la venue du Saint-Esprit dans les cœurs. C’est ce changement essentiel pour chacune de nos vies qu’annonce la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. Nous avons désormais non plus un cœur de pierre mais un cœur de chair, l’Esprit de Dieu en nous, qui nous donne la puissance de suivre la volonté de Dieu dans notre vie (Ezéchiel 36.26-27).
J’aime beaucoup la petite précision que Luc apporte à la fin de sa description : « ils étaient environ douze » (19.7). Vous avez déjà été environ douze ? Soit vous êtes douze, soit vous ne l’êtes pas. Si Luc mentionne ce chiffre, c’est parce qu’il veut donner une portée symbolique à cet évènement (les douze tribus de l’AT, les douze apôtres). Rappelez-vous actes 1.8. Luc tire désormais les conséquences du fait que l’Evangile se soit propagé de Jérusalem jusqu’aux extrémités du monde. Un changement fondamental s’est opéré dans la manière de croire en Dieu ! Un mouvement radical est en route. Il vient transformer les cœurs de tous ceux qui reconnaissent leur manquement devant Dieu. Nous sommes passés de l’ancienne  à la nouvelle !

Il y aura certainement un avant et un après Covid-19. Mais ce changement ne sera que superficiel, s’il s’appuie sur une transformation de société, basée sur « le plus jamais cela ». Combien de « plus jamais cela », avons-nous vécu depuis le début de l’humanité. Le changement dont nous avons besoin, Dieu l’a établi il y a 2'000 ans quand Il a envoyé son Fils sur la croix. Dieu veut changer nos cœurs, pour que nous soyons en mesure de vivre la vie éternelle qu’Il veut nous donner ! Voyons ce confinement comme une étape supplémentaire pour nous y préparer !
 

Pour ceux qui ont des rêves pour Dieu, mais qui ont peur d’agir par leur propre force, le modèle de Paul est assez inspirant. Il ressemble d’une certaine manière à l’attitude de David 1'000 ans plus tôt. David avait reçu l’onction divine à travers le prophète Samuel, mais il ne voulait pas s’emparer du pouvoir détenu par Saül, par ses propres mains. A plusieurs occasions, il aurait pu tuer Saül et prendre le trône. Ses partisans l’y ont incité. Les situations étaient suffisamment périlleuses, pour qu’il ose imaginer que Dieu livrait Saül entre ses mains.
Mais il s’est toujours tenu à patienter que Dieu lui-même s’occupe de cela. Il prendra finalement  le pouvoir, après que Saül ait été tué sur le champ de bataille. David, qui était d’un tempérament fougueux, voulait qu’il soit clair pour tous, que c’était bien Dieu qui lui donnait la royauté sur Israël.

Il me semble qu’il y a de cela dans l’attitude de Paul, quand il annonce l’Evangile aux païens ! Malgré les nombreux coups qu’il a reçus de la part des juifs à peu près dans toutes les villes où il passait, Paul n’a jamais dévié d’un pouce dans sa manière de faire : commencer par les synagogues pour annoncer l’accomplissement des Ecritures en Jésus-Christ !
Paul avait pourtant dès le début reçu un mandat très clair pour être l’apôtre des païens (9.15). Il avait une compréhension théologique qui lui donnait une grande liberté (rappelez-vous d’Actes 15). Pourtant tout au long de son ministère, il ne se tournera vers les païens qu’en seconde initiative. Après en quelque sorte que les juifs l’y aient poussé (18.6). Il voulait qu’il soit manifeste pour tous que c’est le refus des juifs d’accepter la Bonne Nouvelle de Christ, qui avait provoqué l’intégration des païens au salut (Romains 11.11-15), et non son initiative personnelle. Paradoxalement, une des raisons qui a le plus exacerbé l’opposition des juifs au message de l’Evangile (le fait que ce message s’adresse aux peuples de toutes les nations) a sans doute le plus contribué à son expansion parmi les non-juifs.

Que retenir de cela ? Nous sommes parfois troublés. Nos rêves, nos souhaits de servir Dieu sont-ils notre propre initiative ? Ou viennent-ils du Seigneur lui-même ? Paul et David ont ce point commun qu’ils ont pris au sérieux l’appel du Seigneur. Ils n’ont pas attendu que les choses se fassent uniquement d’elles-mêmes. Ils se sont engagés, ils se sont mis en route pour répondre à l’appel de Dieu. Mais ils ont aussi attendu de Dieu qu’il confirme cet appel. David a attendu des années la défaite de Saül. Paul n’a pas négligé d’annoncer le salut aux juifs, malgré ce que cela lui a coûté. Soyons encouragés à réfléchir nos projets dans le but de servir l’Eternel. Mais soyons attentifs aussi à laisser à l’Eternel le dernier mot.
 
« Il y a dans le cœur de l’homme beaucoup de projets, Mais c’est le dessein de l’Eternel qui s’accomplit. » Proverbes 19.21

Après donc quelques jours où nous avons cheminé dans l’Evangile de Luc, nous reprenons notre parcours en Actes 17. Paul et son équipe sont engagés dans leur deuxième voyage missionnaire. Après avoir fortifié les Eglises fondées en Asie mineure pendant le premier voyage missionnaire, ils sont maintenant passés en Europe. La première escale a eu lieu à Philippes, et une première Eglise a été implantée, de manière spectaculaire.

Paul et Silas continuent leur route vers le sud de la Grèce. Plusieurs étapes nous sont décrites dans le chapitre : à Thessalonique, à Bérée et à Athènes. Thessalonique et Athènes sont représentatifs des 2 types de croyance humaine qui s’opposent à l’Evangile. A Thessalonique, c’est l’extrémisme religieux des juifs (5). A Athènes, c’est le pluralisme de la philosophie grecque (22). L’obscurantisme d’un côté, le syncrétisme de l’autre.

Et entre ces 2 étapes, il y a Bérée, où la parole est reçue avec empressement, et où elle est examinée chaque jour par les nouveaux convertis, pour vérifier ce qu’on leur enseignait (11). C’est intéressant de voir en quoi cette attitude s’oppose aux 2 autres. On retrouve à la fois l’ouverture d’esprit de ceux qui ne croient pas qu’ils détiennent la vérité. Mais on retrouve aussi l’idée que ce n’est pas parce que c’est nouveau et séduisant, que c’est juste et vrai. Je dois pouvoir confronter une idée, un enseignement à une autre référence que moi-même !

Est-ce que je crois que la Bible dit juste et vrai ? Est-ce que je crois en son caractère infaillible ? Ce n’est pas une question à laquelle je devrais répondre trop rapidement, parce qu’on m’a dit qu’un chrétien devait croire que la Bible est la Parole de Dieu. Pour qu’elle soit réellement Parole de Dieu dans ma vie, cela doit se confirmer par une confiance et une soumission en ce qu’elle dit, même là où je ne suis d’accord, même là où ça ne m’arrange pas ! Cela ne me conduira pas à l’obscurantisme, mais à savoir affronter les autres visions du monde sans me sentir menacé.

Mais ce n’est pas seulement un principe à appliquer pour évaluer la pensée du monde présent ! C’est aussi un principe pour évaluer les enseignements au sein des milieux dits chrétiens. A l’heure de la multiplication en tout genre des enseignements, notamment sur internet, je dois, à la manière des chrétiens de Bérée, vérifier si ce qu’on me dit est bien conforme aux Ecritures. Comment faire cela ? Être une exhortation encourageante n’est pas suffisant ! Citer la Bible n’est pas suffisant ! Être encourageant en citant la Bible n’est pas suffisant.
Pour vérifier qu’un enseignement est conforme aux Ecritures, je dois vérifier qu’il m’amène bien à une compréhension plus profonde du sacrifice de la croix.  Pas qu’il me promette de me sentir mieux (une vision centrée sur l’homme), mais qu’il  développe les implications du salut dans ma vie. Cela me conduira non au « syncrétisme » évangélique, mais à une connaissance plus profonde de Dieu et de son amour pour moi.

Actes 16, est sans doute l’un des passages les plus surprenants de la Bible. Rien ne se passe comme on s’y attendrait.

Paul vient de batailler pour que la circoncision ne soit pas imposée aux païens. Il entreprend ensuite de retourner voir les Églises récemment implantées en Galatie, notamment pour faire connaître la décision des Apôtres (v.4). Alors forcément quand Luc nous rapporte que Paul fait circoncire Timothée à Lystre (v.3), nous commençons à ne plus rien comprendre ! Pourquoi fait-il cela ? Paul fait la différence entre un enjeu théologique qui doit être tranché officiellement par l’Église primitive « il n’est pas nécessaire d’imposer la circoncision aux païens ! », et une situation pratique comme celle à laquelle il est confronté en Asie Mineure « qu’est-ce qui va faciliter l’annonce de l’Évangile ? » Tout au long de ses voyages missionnaires, nous constatons que Paul commençait par annoncer la Bonne Nouvelle de J-C dans les synagogues. Il ne fait donc pas circoncire Timothée pour être agréable à Dieu (c’est l’enjeu de la controverse d’Actes 15), mais pour faciliter l’annonce de l’Évangile à ses auditeurs juifs. Nous avons là une démonstration de ce que Paul entendait par « se faire tout à tous », en ne créant pas d’obstacle inutile à l’Évangile (I Corinthiens 9.19-23).

Une autre étrangeté du récit, nous l’avons dans cette affirmation : l’Esprit de Jésus ne permit pas à l’équipe missionnaire d’annoncer la Bonne Nouvelle en Bithynie (v.7). C’est un obstacle pour le moins inattendu ! Comment comprendre cela ? Tout d’abord, notons que c’est un moment important. L’Évangile s’apprête à passer de l’Asie à l’Europe. Ensuite, c’est le moment où le récit passe de « ils » à « nous », moment donc où Luc rejoint l’équipe missionnaire. J’imagine assez bien Luc se rappeler avec émotion ces évènements des années plus tard et discerner avec le recul l’œuvre bienveillante du Seigneur. Ce que l’équipe missionnaire menée par Paul n’avait pas envisagé d’elle-même (passer en Europe), Dieu l’a lui-même provoqué. Ce qui semblait être un triomphe des adversaires de l’Évangile (l’échec de la campagne de Bithynie) s’est transformé en une opportunité exceptionnelle pour amener l’Évangile jusqu’aux extrémités de la terre. Avec Dieu, les choses se passent rarement comme on s’y attendrait !
 
Enfin, l’annonce de l’Évangile dans la première ville de Macédoine, Philippes, est un roman à elle toute seule. La première convertie est une femme. Pas évident dans un contexte patriarcal. C’est ensuite une servante qui avait un esprit de Python qui rejoint le groupe des disciples, provoquant la colère de ses anciens maîtres. Enfin un geôlier suicidaire, qui a vu sa prison s’effondrer sous ses pieds. Sans doute, l’Église de Philippe souffrait-elle d’un certain déficit de crédibilité aux yeux des habitants de la ville. Cela pourrait expliquer pourquoi Paul a exigé une espèce de reconnaissance officielle de la part des magistrats, au moment d’être libéré de sa prison en ruines.

Avec Dieu les choses se passent rarement comme on s’y attendrait ! Je trouve cela merveilleux. Cela  m’aide à prendre conscience que Dieu nous précède dans ce qu’il nous confie. Dieu savait de toute Éternité dans quel désarroi se trouverait notre monde aujourd’hui. Et Il nous précède dans ce qu’Il nous demande de faire aujourd’hui chacun dans notre contexte. Que cela puisse nous encourager !

En Actes 15, l’Eglise est confrontée à deux situations de désaccord.

La première est d’ordre théologique et aboutira à un consensus. La seconde est plus d’ordre pratique et se terminera par une séparation. L’une et l’autre nous donnent des repères pour discerner ensemble la volonté de Dieu.
Examinons tout d’abord la gestion du débat théologique. Un modèle du genre ! La controverse porte sur le statut des païens nouvellement convertis !  Faut-il les circoncire ? En d’autres termes, est-ce que le salut en J-C n’est efficace que pour ceux qui se conforment à la Loi de Moïse ? On peut faire plusieurs remarques sur la manière dont ce débat a été réglé.
Tout d’abord, l’Église d’Antioche ne considère pas qu’elle puisse s’attaquer seule à cette question.  Elle s’en réfère à son Église mère (Jérusalem). Si une grande autonomie est laissée à l’Église locale dans le Nouveau Testament, l’interdépendance des Églises est aussi très importante. Rappelons-nous que la foi nous a précédés et que nous avons à apprendre des autres.
De tous les protagonistes, notons que c’est Paul qui avait sans doute la plus grande expérience et la réflexion la plus aboutie sur la place de la circoncision. Pour preuve, ses nombreux développements sur le sujet dans les épîtres du Nouveau Testament (alors qu’on ne les retrouve quasiment pas sous la plume de Pierre et de Jacques). Pourtant, Paul n’intervient que très peu, si ce n’est pour témoigner de ce que Dieu a fait chez les païens (v.12). Paul savait qu’il était lui-même au centre de la controverse, et que son apport troublerait les débats. J’admire sa grande confiance en Dieu en restant en retrait, et en laissant à d’autres le soin de mener une réflexion aussi fondamentale. Dans un conflit, nous sommes appelés à discerner le rôle que nous jouons pour savoir de quelle manière nous pouvons participer au règlement de ce conflit.
La conférence débouche sur un compromis, sans compromission. Le problème théologique est réglé (pas besoin de circoncision), par contre les différents avertissements de la lettre de Jacques rappellent que ce n’est pas une porte ouverte au péché (ce qui était souvent la crainte de ceux qui prônaient l’obéissance à la Loi mosaïque). La position des apôtres ne cherche pas à stigmatiser, mais à rassembler. C’est un élément essentiel dans la gestion de conflit.
Enfin, notons la place prise par les relations dans cette affaire. La réponse n’est pas seulement théorique (un communiqué), elle est aussi incarnée (des émissaires sont envoyés). Cela nous met en garde contre nos mails, SMS, commentaires sur les réseaux sociaux, parfois un peu cinglants, bien loin de la prévenance fraternelle.

Le second désaccord semble de prime abord beaucoup moins glorieux. Paul et Barnabas s’opposent sur la manière de gérer le 2d voyage missionnaire. Alors qu’ils ont semblé si unis pour obtenir un consensus au sein de l’Église sur la question de la circoncision, ils acceptent qu’un différend les sépare dans leur mission. Peut-on en conclure qu’ils ont laissé le diable les diviser ?
Même si nous n’avons pas tous les détails de cette affaire, rien ne permet vraiment d’affirmer que Paul et Barnabas ont eu un comportement contraire à l’Évangile. Suite à cette divergence, Paul et Barnabas semblent garder un respect mutuel, comme l’atteste discrètement l’identification de Paul avec Barnabas en I Corinthiens 9.6 (écrit après les évènements d’Actes 15).
De plus, nous pouvons constater que Dieu a été à l’œuvre aussi bien avec Paul (tout le reste du livre des Actes en témoigne) qu’avec Barnabas (pensez à l’incroyable parcours de Marc dont nous avons parlé il y a deux jours).

Que conclure de tout cela ? Sur les points primaires, nous avons l’obligation de nous mettre d’accord ! Il en va de la clarté de l’Évangile. Mais dans la mise en pratique, un certain nombre de différences peut apparaitre. Nous ne devons pas en avoir peur ni nous en attrister. Il nous faut bien sûr les gérer avec sagesse, et ne pas en faire un prétexte pour accomplir notre propre volonté. Mais si nous gardons un comportement digne de l’Évangile, ces différences ne mettront pas en péril notre unité. Au contraire, Dieu saura les utiliser pour sa propre gloire.

Actes 14, nous donne un bon aperçu des obstacles qui se dressent sur la route de l’Évangile.

Tout d’abord, l’esprit religieux est un adversaire redoutable. C’est le cas de la religion juive en particulier dans le livre des Actes. Mais n’oublions pas que les premiers croyants étaient des juifs. Il ne s’agit donc pas de stigmatiser cette religion. En fait, nous avons déjà noté qu’il était particulièrement difficile pour les premiers croyants de comprendre que leur mission consistait aussi à s’adresser aux païens. Ce qui a été un défi pour les premiers disciples s’est souvent transformé en pierre d’achoppement pour les juifs. Pour l’esprit religieux, ce qui a toujours été fait d’une certaine manière ne peut être envisagé autrement. Et pour cela, il n’en est pas à une contradiction près. Si pour les juifs les païens ne pouvaient pas avoir accès au salut, cela ne leur posait par contre pas de problème de s’allier à eux (Actes 14.2, 5) pour défendre un intérêt commun. De quelle manière suis-je susceptible de me laisser gagner par cet esprit religieux, de défendre des préférences, des traditions à tout prix, au lieu de vivre en disciple à la recherche de la volonté de son maître ?

Un autre ennemi de l’Évangile, c’est la foi fondée sur les sentiments. Il ne s’agit pas de nier que la foi doive imprégner nos sentiments. Mais il s’agit de constater qu’une foi basée sur les sentiments est versatile. C’est le triste constat des évènements de Lystre. Suite à la guérison miraculeuse d’un homme, les païens veulent honorer Paul et Barnabas, qu’ils prennent pour des dieux. Et c’est avec beaucoup de peine que Paul et Barnabas réussissent à empêcher la foule de leur offrir des sacrifices. Mais peu après, la situation se renverse. Ceux-là mêmes qui voulaient faire des apôtres leurs dieux se retournent contre eux, manipulés par certains des juifs qui avaient suivi les apôtres à la trace ! De quelle manière mes attentes sur Dieu, pourraient- elles me tromper ? Est-ce bien le message profond de l’Évangile, le pardon de mes péchés, qui est la source de ma joie et de mon espérance ou est-ce qu’en fait j’attends autre chose de Dieu ?

Dans les 2 cas, le piège est similaire : enfermer Dieu dans une boîte. Que ce soit par nos convictions religieuses ou par nos attentes, nous réduisons Dieu à un être certes céleste, mais qui devrait agir selon notre pensée humaine.
 
La réaction des apôtres contraste avec ces 2 attitudes : ils refusent de recevoir un honneur flatteur, mais dévoyé (v.14, 18), et acceptent l’opposition à laquelle ils ont à faire face, comme indissociable de leur appel (v.22). Seigneur vient ancrer ta Parole en moi, pour que je ne me laisse pas  piéger par tout ce qui cherche à m’éloigner de toi !
Actes 13, marque un tournant dans le livre des Actes.

À travers l’Église d’Antioche, les premiers chrétiens se saisissent (enfin) de la dernière étape de la mission confiée par Jésus à ses apôtres (Actes 1.8). C’est le moment, où ils rejoignent intentionnellement Dieu dans son ordre missionnaire : être témoins jusqu’aux extrémités de la terre. Pour cela, il a fallu que l’Église d’Antioche se demande quelles étaient les œuvres auxquelles Dieu l’avait appelée (Actes 13.3). Il a fallu qu’elle réfléchisse en quelque sorte à vision. Et c’est une question sur laquelle chaque Église est appelée à se pencher : comment rejoindre Dieu dans ce qu’il nous demande de faire ici et maintenant ?
Mais qui dit rechercher la volonté de Dieu ensemble dit parfois désaccord, tension, découragement. Les premiers chrétiens n’ont pas échappé à ces difficultés.  L’histoire de Jean, surnommé Marc, illustre parfaitement cet aspect plus complexe des choses.

Marc, il en est question pour la première fois à la fin d’Actes 12, lorsque Saul et Barnabas retournent de Jérusalem à Antioche, l’emmenant avec eux comme « stagiaire ». Et c’est donc tout naturellement que l’on retrouve Marc avec Saul et Barnabas, quand ils s’embarquent dans cette première aventure missionnaire (Actes 13.5). Mais au moment de passer de la Chypre à l’actuelle Turquie, Marc fait demi-tour sans que l’on sache pourquoi (Actes 13.13). Ce n’est que plus tard que nous comprenons, que Marc a quitté l’aventure pour de mauvaises raisons. En effet au moment de repartir pour leur 2e voyage missionnaire, Paul et Barnabas se séparent (Actes 15.37-38). La raison ? Ils n’ont pas la même appréciation de ce qu’il faut faire avec Marc. Contrairement à Barnabas, Paul a été déçu par Marc. Il ne veut pas courir le risque de l’emmener à nouveau avec eux !
Pourquoi Marc a-t-il quitté le navire ? On ne le sait pas exactement ! Désaccord sur l’objectif de la mission ? Peur de l’opposition, de la persécution ? Toujours est-il que Marc a baissé les bras ! Ses premiers pas dans la mission se sont soldés par un échec ! « Croire que l’on n’est pas à la hauteur de ce que Dieu nous demande » est un sentiment qu’ont aussi connu ces pionniers de la foi chrétienne !

Pourtant la suite de l’histoire nous donne de l’espérance ! Car s’il n’est plus question de Marc dans la suite du livre des Actes, ce n’est pas pour autant qu’il a disparu de la circulation. À plusieurs reprises il est fait mention de lui dans les salutations des épîtres, écrites de la main… d’un certain Paul (Colossiens 4.10, Philémon 24). 2 Timothée 4.11 est sans doute la plus touchante : « Luc seul est avec moi. Prends Marc et amène-le avec toi, car il m’est bien utile pour le ministère. » Ce sont là quelques-uns des derniers mots de Paul, écrits sans doute quelques semaines avant son exécution. Le paria est devenu un des derniers fidèles utiles pour le ministère de l’apôtre.
Plus encore, il est très probable que ce soit le même Marc qui soit l’auteur de l’Évangile qui porte son nom. Il l’aurait écrit sous la dictée de l’apôtre Pierre, qui parle de lui comme d’un fils (I Pierre 5.13). Celui qui a failli dans son rôle de témoin à Perge en Pamphylie est ainsi devenu un témoin privilégié qui a permis que des centaines de milliers d’hommes et de femmes puissent rencontrer Jésus-Christ à travers les siècles ! Renversement extraordinaire.

C’est une de ces histoires méconnues du Nouveau Testament qui me touche particulièrement. Elle nous rappelle que Dieu conduit son Église aussi à travers ses tâtonnements. Elle nous encourage, car Dieu ne nous laisse pas tomber même quand nous échouons. Nous avons le droit à l’erreur. N’est-ce pas d’ailleurs le cœur même de l’Évangile que de nous offrir une 2de chance ?
Quel savoureux récit que celui d’Actes 12, où il semble plus difficile d’entrer dans une maison réunie pour prier que de sortir d’une prison où l’on est enchaîné à 2 gardes de chaque côté ! Quand on pense que le sujet de la réunion de prière était la situation de Pierre en prison, la scène prend une tournure vraiment cocasse. De là à y voir un clin d’œil amusé à nos prières pas toujours convaincues « que Dieu peut faire au-delà de tout ce que nous demandons ou pensons » (Éphésiens 3.20), il n’y a qu’un pas 😉 !

J’aime ce récit qui prend place pourtant dans un contexte dramatique. Je crois qu’une des armes dans la foi consiste à regarder les évènements avec un peu de recul, et de voir que certaines situations ne manquent pas d’humour ! Il ne s’agit pas d’un humour moqueur et destructeur. Il s’agit d’un humour qui sait rire de soi-même, qui se rend compte que nous sommes bien fragiles et que notre Dieu lui n’est jamais sans solution.
Mais, il n’est possible de trouver cela savoureux que si nous avons l’assurance que Dieu nous offre une vie bien meilleure que celle que nous vivons ici-bas ! Car Actes 12 commence par quelques questions douloureuses. Pourquoi Dieu a-t-il choisi de libérer Pierre et non Jacques (Ac 12.1) ?
J’imagine que l’Église de Jérusalem s’était aussi réunie pour prier au moment de l’arrestation de Jacques ! Pourquoi Dieu patiente-t-il autant avec Hérode, avant d’intervenir (Ac 12.23), le laissant commettre toutes ces exactions sur ses enfants ?
En fait, les réponses précises à ces questions n’existent pas vraiment. Dieu conduit le cours des évènements, et Il n’a pas de compte à nous rendre. Il nous demande juste d’avoir foi que « ce qu’Il veut c’est que tous les hommes soient sauvés » (I Timothée 2.4) et « qu’Il conduit toutes choses pour le bien de ceux qui l’aiment » (Romains 8.28). Si ce « tout » inclut aussi la mort d’un serviteur aussi dévoué que Jacques, cela implique forcément de fonder notre assurance sur la fin de Romains 8 qui affirme que ni la mort ni la vie ne pourra nous séparer désormais de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ !

Nous n’aurons donc pas forcément de réponses précises quant aux moments les plus douloureux de notre existence. Mais Dieu nous invite à placer notre confiance en Lui. En fait, la réponse consiste à s’approcher de Lui et à toujours mieux le connaître. Il a la puissance de redonner de la saveur, là où les drames ont frappé le plus durement. Ce que nous vivons actuellement nous amènera sans doute à devoir grandir dans cette espérance !
Après nous avoir expliqué comment l’Évangile est devenu un message pour toutes les nations, Luc reprend son récit de la propagation de l’Évangile. Ce qui frappe au verset 19, c’est ce que la persécution est encore la raison pour laquelle les disciples arrivent dans ces contrées.

Luc (l’auteur du livre des Actes) précise d’ailleurs que les disciples n’ont pas changé de manière d’agir. Ils annoncent la Parole uniquement aux Juifs. Mais cela n’empêche pas une percée spectaculaire de l’Évangile parmi les païens. C’est ainsi que la première Église, avec des chrétiens d’origine païenne, voit le jour à Antioche. C’est magnifique de voir une fois encore que Dieu a précédé les apôtres. Ce ne sont pas les disciples qui ont décidé de répandre l’Évangile à travers le monde, c’est l’Évangile qui a été contagieux à travers le monde malgré eux.       
Un des marqueurs de cela dans notre passage, c’est l’utilisation du mot chrétien.

Luc précise que c’est à Antioche que pour la première fois on a donné le nom de chrétien aux disciples de Jésus-Christ. Il est intéressant de noter que le terme de « chrétien » n’est utilisé que 3 fois dans le Nouveau Testament (ici, en Actes 26.28 et en I Pierre 4.16).  Sans doute parce que ce terme n’était pas employé par les croyants eux-mêmes, mais par ceux qui les observaient.
En voyant comment ce groupe de disciples se comportait, les observateurs ont ressenti le besoin de leur trouver un nom ! Ils n’étaient assurément pas comme les juifs, puisqu’ils acceptaient de se mélanger avec des païens. Mais les païens qui rejoignaient ce groupe changeaient à ce point de manière de vivre qu’on ne pouvait plus vraiment les considérer comme des païens. Alors, ils ont commencé à les appeler des chrétiens, c’est-à-dire qui « appartiennent à Christ », qui se « comportent comme Christ ». Certains y voient même une sorte de sobriquet : « espèce de petit Christ ». Ces croyants étaient tellement imprégnés de Christ, qu’on les traitait « de p’tits Christ ».

Les temps ont bien changé, n’est-ce pas ? Aujourd’hui, « chrétien » définit plus une culture, une identité qu’on revendique, qu’un marqueur qu'on différencie du reste de la population. Mais la Bible ne donne aucun espace à ce genre de groupe. Soit nous sommes engagés à suivre Jésus-Christ en disciples et ça se voit jusqu’à déranger parfois notre entourage, soit nous ne sommes pas encore à Christ. Que le Seigneur nous renouvelle dans notre engagement, qui forcément nous amènera à faire des choix difficiles dans notre vie !


En Actes 10, la dernière frontière à l’annonce de l’Évangile est franchie ! Vous vous souvenez de la mission initiale confiée aux disciples ? Être témoins à Jérusalem, en Judée, en Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre (Actes 1.8).

C’est donc cette dernière étape qui se joue à travers cette vision de Pierre ! Notez que Luc, qui écrit après coup, nous a préparés à cela. Il nous a décrit comment un Éthiopien, un craignant Dieu non-juif, s’était converti (Actes 8). Il a ensuite raconté l’incroyable revirement d’un juif « intégriste », Saul, que Dieu a choisi pour faire connaître son nom aux nations étrangères (Ac 9.15). Mais une fois encore, selon les paroles de Jésus dans l’Évangile, c’est à Pierre qu’il revient d’ouvrir cette étape décisive (Matthieu 16.18) !

Pour ce faire, il a fallu que Dieu comble un fossé qui semblait infranchissable pour les croyants de l’époque : celui de la pureté rituelle ! Comment des chrétiens d’origine juive allaient-ils pouvoir communier avec des païens, puisque par leur style de vie les païens étaient en abomination à la Loi de Dieu ! Par ce rêve Dieu renverse les convictions profondes de Pierre.

Notons bien, le caractère unique de ce passage. Bien souvent les juifs avaient détourné les Écritures, pour justifier leur comportement rebelle (Matthieu 23.13ss). Mais ce n’est pas le même problème qui est décrit ici. En refusant de tuer des animaux impurs dans son rêve, Pierre se comporte en croyant respectueux des Écritures de l’Ancienne Alliance (Lévitique 11.1ss). Alors, Dieu est-il pris en flagrant délit de contradiction ? Dit-il une chose dans l’Ancienne Alliance et son contraire dans la nouvelle ?

En fait, nous pointons là un des mystères les plus extraordinaires de l’Évangile, qui fait de lui une révélation unique. Pour bien le saisir, il nous faut apprendre à repérer la centralité de Christ dans l’ensemble des Écritures. Pierre le rappelle d’ailleurs à la fin de son discours (Ac 10.43) : il n’est pas en train d’inventer quelque chose de nouveau, mais il participe à l’accomplissement de ce que Dieu a prévu tout au long des Écritures. Dieu est un Dieu qui se révèle ! Pour ce qui est de la pureté, grâce à ce passage nous comprenons que Dieu s’est révélé à travers une Loi transitoire (Ga 3.24) pour gérer notre impureté devant Lui. Mais cette Loi ne faisait que préparer la seule solution véritablement efficace pour nous guérir de l’impureté : le pardon des péchés en Jésus-Christ !
 
Voilà pourquoi, depuis la mort de Jésus-Christ sur la croix, la question alimentaire n’est plus une question de pureté devant Dieu.
Voilà pourquoi, la mort de Jésus-Christ renverse la manière de s’approcher de Dieu. Nous n’espérons plus obtenir la faveur de Dieu en nous comportant selon des règles. Cela, c’était la manière de voir des juifs, et de celle de toutes les religions du monde. Mais avoir la foi, c’est accepter qu’en Jésus-Christ nous ayons obtenu la faveur de Dieu, c’est pourquoi nous voulons désormais lui obéir ! Ce renversement rend ainsi candidat les hommes de tout peuple, de toute culture et de toute religion au salut en Jésus-Christ !

Dieu se révèle progressivement à travers le salut qu’Il a conçu de toute éternité. Il se révèle aussi progressivement dans ma propre vie ! À la manière de Pierre dans ce passage, est-ce que, dans cette période de confinement, Dieu voudrait renverser une de mes convictions profondes, qui n’est peut-être pas foncièrement fausse, mais qui a besoin d’être purifiée par les conséquences irrésistibles de mon salut en Jésus-Christ ?

Le livre des Actes nous présente comment, la grande histoire du salut s’est répandue à travers le bassin méditerranéen. Bien souvent, il faut prendre du recul pour comprendre de quelle manière Dieu conduit les choses, comme nous l’avons fait en Actes 8, en ce qui concerne la persécution des chrétiens. Mais comme toujours, ce sont aussi les petites histoires des hommes qui font basculer la grande histoire. Dieu peut faire sans nous, mais Il ne veut pas faire sans nous. Actes 9 en est un parfait exemple.

D’une certaine manière, toute la suite du livre bascule ici sur le chemin de Damas, quand l’opposant le plus zélé à l’Évangile accepte Jésus dans sa vie :
« celui qui autrefois persécutait l’Église annonce maintenant la foi qu’il s’efforçait alors de détruire ! » Ga 1.23.
C’est ainsi que le plus grand ennemi de l’Église est devenu son plus grand ambassadeur ! Dieu aurait pu faire sans Saul (nom usuel avant sa conversion), mais il a décidé de faire avec Paul !

Mais ce qui est intéressant de noter, c’est que pour que Saul devienne Paul, il a fallu que d’autres jouent leur rôle. C’est ainsi que si l’histoire n’a pas forcément retenu le nom d’Ananias, la Bible prend la peine de nommer cet illustre anonyme. Il en fallut du courage, pour venir annoncer le pardon des péchés à Saul « l’intégriste », respirant encore la menace et le meurtre (v.1). Dieu aurait pu faire sans Ananias, mais il a décidé de faire à travers lui.

Et bien sûr, il y a Barnabas, le premier à avoir cru en Paul. Malgré les doutes qui entouraient la conversion de Saul, il discerne l’œuvre du Seigneur, et introduit Paul auprès des apôtres. C’est là encore un moment essentiel, pour que Paul ne devienne pas un électron libre, mais que son ministère soit reconnu par l’Église.

 
Dieu pourrait très bien se passer de toi, de moi, pour accomplir son plan. Pourtant, Il ne l’a pas voulu. Car en étant un des canaux de la transmission de la grâce de Dieu, je suis le premier à en récolter les fruits dans ma vie ! Je prie que ce temps à part du confinement puisse nous renouveler dans la vision de notre service pour Dieu.
 

Le chapitre 8 nous donne des exemples saisissants de la manière dont Dieu s’y prend pour que sa Parole se propage.

Tout d’abord, d’une manière qui nous insécurise. Suite au martyr d’Étienne, les croyants sont persécutés à Jérusalem. Ce qui est sans doute apparu pour les premiers chrétiens comme un sujet d’angoisse et d’effroi se transforme finalement comme un moyen extraordinaire entre les mains de Dieu pour que l’Évangile sorte de Jérusalem. D’une certaine manière, nous vivons une période qui nous insécurise. Soyons assurés que si Dieu permet cette période, Il le fait aussi pour le progrès de l’Évangile.
Ensuite, d’une manière qui nous bouscule. Dans un sens, la persécution a permis de faire ce que les apôtres étaient encore réticents à entreprendre : apporter l’Évangile aux autres cultures.

Jésus avait ordonné à ses disciples d’être ses témoins à Jérusalem, mais aussi en Judée et en Samarie (Actes 1.8). Et c’est cette 2de étape de la mission qui est en train ici. À cause de l’inimitié historique avec les Samaritains, c’est une barrière que les apôtres n’étaient pas tout à fait prêts à franchir, pour annoncer l’Évangile. La persécution les bouscule dans leurs certitudes. Des chrétiens ont fui en Samarie, et par leur témoignage des Samaritains se tournent vers Jésus. Notez cependant que Dieu ne veut pas faire sans les apôtres. Pierre et Jean sont appelés en Samarie, et prient pour que les Samaritains reçoivent aussi le Saint-Esprit. Dieu nous bouscule en nous rendant participants à l’annonce de son Évangile.

Enfin, d’une manière qui nous enthousiasme. C’est le cas quand Dieu agit de manière extraordinaire avec Philippe, pour qu’il se retrouve sur le chemin d’un haut dignitaire éthiopien ! Philippe arrive comme un homme providentiel pour annoncer l’Évangile à un homme qui avait une soif irrésistible de Dieu. Bien sûr, nous ne pouvons pas décider que Dieu s’y prenne ainsi avec nous… mais notre responsabilité c’est de veiller sur nos dispositions, pour nous tenir prêts, s’il décide de nous confier une telle mission.

Dieu est lui-même à l’œuvre pour l’annonce de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. Et il veut nous rendre participants. Je dois confesser que je commence trop peu souvent mes journées, en priant  Dieu de me préparer à ce qu’Il est en train de faire autour de moi, en moi et à travers moi.
 
Seigneur, montre-moi comment te rejoindre dans ta mission !

Étienne, premier martyr chrétien, nous donne là un résumé condensé de l’Ancien Testament. Hormis l’aspect historique du propos, on peut être interpellé par plusieurs éléments.

Tout d’abord le souci d’Étienne de rejoindre son auditoire dans ce qu’il peut comprendre. Les juifs traditionnels accusaient les juifs convertis à Jésus-Christ de trahir les Écritures sacrées. Étienne qui se sait sans doute déjà condamné s’efforce au contraire de montrer que la condamnation de Jésus à la croix n’est qu’une répétition de ce qui s’est passé en fait tout au long de l’histoire d’Israël. D’Abraham à David, il montre en quoi le peuple d’Israël (dont il fait lui-même partie) n’a eu de cesse de s’opposer à ce que Dieu voulait accomplir. C’est à la fois un message dur à entendre, mais une attitude remplie d’amour, caractéristique de l’Évangile.

Ce petit cours d’histoire d’Étienne est fondamental pour notre lecture de la Bible. On parle de la Bible comme d’une révélation progressive. Dieu lève le voile petit à petit tout au long de l’histoire sur ce qu’Il veut accomplir. Par contre la constante, c’est le péché humain qui s’oppose à Lui. « Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l’Esprit est Esprit » dira Jésus à Nicodème (Jean 3.5). La révélation progressive tout au long de l’Ancien Testament a pour but de nous amener à reconnaitre en Jésus la solution voulue par Dieu. Dieu est venu en Jésus rendre possible l’impossible. Celui qui est né de la chair, peut naitre de nouveau, mais d’Esprit cette fois-ci ! Cela signifie donc que je devrais lire chaque passage de l’Ancien Testament comme une préparation à ce que Dieu va faire en Jésus-Christ. C’est ce qu’on appelle une lecture christocentrique (centrée sur Christ) des Écritures.

Au contraire de ceux à qui Étienne s’adressait, les gens que nous côtoyons connaissent mal les Écritures. Pourtant, plus que jamais, c’est dans une juste lecture des Écritures que nous comprendrons le temps dans lequel nous vivons, et ce que nous pouvons apporter à ceux qui se perdent autour de nous !
  
La période de crise que nous traversons aujourd’hui me le rappelle : il est temps d’éteindre ma chaine d’information continue préférée (la vision charnelle) et de me plonger dans la Parole de Dieu (la vision réelle).

Notre lecture du livre des Actes a souvent tendance à s’enthousiasmer par le réveil spirituel incroyable de cette période (miracles, guérisons, conversions nombreuses) et à ne pas trop voir les difficultés rencontrées par ces premiers chrétiens.
  
En Actes 5, on en a déjà eu un aperçu. Au milieu d’un élan de conversion et de générosité sans précédent, la gangrène du péché n’avait pas forcément dit son dernier mot et Actes 6 commence aussi avec un certain nombre de problèmes.
  
Dans le partage de nourriture à destination des plus démunis (ici les veuves), certains sont favorisés aux dépens des autres. La première Église est née, tout semble aller pour le mieux et pourtant le royaume de Dieu n’est pas pour tout de suite. Il faut faire face à l’injustice, même au sein de cette Église si zélée ; même avec des responsables de la carrure de Pierre, Jean ou Jacques… C’en est presque rassurant.
  
Les apôtres ne fuient pas leurs responsabilités, mais ne cherchent pas à tout gérer eux-mêmes. Ils comprennent leur mission (annoncer la Parole), ne se désintéressent pas des autres problèmes (l’injustice dans l’Église), mais confient le soin de régler cela à des personnes de confiance !
 
Nous avons sous les yeux, une première ébauche de structuration de l’Église ainsi qu’un bel exemple de délégation.
  
Une leçon de ce passage (et du précédent), c’est que les temps de réveil spirituels ne règlent pas tout. L’enthousiasme spirituel peut aussi générer la confusion (Actes 5). Les périodes de fortes croissances d’une assemblée sont aussi une période de stress : comment faire face à tous les nouveaux besoins ? (Actes 6). Ce qui est beau dans ces passages, c’est de voir comment les apôtres ont su se laisser interpeller par Dieu pour répondre à ces situations nouvelles !
Est-ce que nous vivons cette période de confinement de cette manière ? Est-ce que nous subissons cette situation ou est-ce que nous nous laissons interpeller par Dieu pour voir de quelle manière il veut que nous répondions à cette nouvelle problématique en ce qui concerne notre témoignage, de l’enseignement de nos enfants ou de notre vie de piété ?

Le drame vécu par Ananias et Saphira est vraiment étonnant. Pourquoi Dieu a-t-il agi avec tant de sévérités à leur encontre, alors qu’Il laisse des milliers de chrétiens mentir tranquillement tous les jours ?
 
Ce qui frappe, c’est la nature du péché d’Ananias et Saphira : le mensonge, mais pas n’importe quel mensonge !
 
Ils ont vendu un champ, en ont gardé une partie, mais ont prétendu avoir tout donné. Ce n’est pas si grave pourrait-on penser, sauf qu’en faisant cela, ils ont voulu se donner une apparence de sainteté, de générosité et de piété qu’ils n’avaient pas. Une attitude susceptible d’entrainer d’autres avec eux et de mettre en péril la première Église !
 
Ce qu’il ne faut pas rater, c’est la période de l’histoire du salut dans laquelle s’insère ce récit. Le salut par grâce vient d’être pleinement révélé : Dieu ne tient plus compte des péchés de celui qui a placé sa confiance en Jésus. Un message libérateur, mais un message qui ouvre la porte à croire que l’on pourrait abuser de la grâce de Dieu !
 
Le drame d’Ananias et Saphira nous rappelle que le Dieu du Nouveau Testament n’est pas différent de celui de l’Ancien. Il a tout autant en horreur le péché.
 
Dans une période clé pour l’histoire du salut, Dieu a agi de manière sévère, mais aimante pour son Église. Il n’a pas laissé le péché se multiplier, mais l’a coupé à la racine. Le résultat ne s’est pas fait attendre : une grande crainte s’emparait de tous (v.11) et le nombre de ceux qui croyaient augmentait de plus en plus (v.14)
 
Ce passage nous rappelle que l’amour de Dieu ne transige pas avec le péché. Dieu ne veut pas adoucir les symptômes du péché, il veut nous en vacciner ! C’est seulement en ayant bien en tête cette préoccupation constante de Dieu que je peux comprendre son action dans ma propre vie, mais aussi dans sa manière de conduire le monde ! C’est seulement en faisant mienne cette préoccupation que je peux le rejoindre dans la mission qu’Il m’a confiée.

La prière, le moyen par lequel Dieu exerce sa souveraineté

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Avec cette prédication du chapitre 3, on peut dire que Pierre est passé maître en la matière de mettre les pieds dans le plat. Il voudrait se faire lapider, qu’il ne s’y prendrait pas autrement.

Du v.13 au v.15 les accusations se succèdent. Pierre ne laisse à aucun moment la foule penser qu’elle peut s’en tirer à bon compte :

-  Vous avez condamné un innocent contre l’avis de son juge (v.13)

-  Vous avez acquitté un meurtrier, pour faire condamner un innocent à sa place (v.14)

-  Vous avez mis à mort l’auteur de la vie, tremblez maintenant qu'il est ressuscité (v.15)

Et Pierre n’en est pas à son coup d’essai, il avait porté les mêmes accusations lors de son discours à la Pentecôte (2.23) !  Vous imaginez la chape de plomb sur son auditoire. Pourtant le résultat est déconcertant, 3'000 conversions à la Pentecôte (2.41), 2’000 supplémentaires après cette nouvelle prédication (4.4). Quel élan de repentance !

On ne s’en rend pas toujours compte, mais la première Église de l’histoire est constituée en grande partie par ceux-là mêmes qui ont réclamé la crucifixion de Jésus à Pilate ! Cela signifie que sans doute,  jamais dans l’histoire, une Église n’a pas eu autant conscience du poids de ses péchés que l’Église de Jérusalem… sans doute jamais aucune Église n’a pas autant mesuré ce que la repentance signifiait !

Nos circonstances de vie sont différentes de cette Église. Elles sont même différentes de celles que nous vivions, il y a encore quelques semaines.
Pourtant le message lui n’a pas changé. Même dans les circonstances les plus dramatiques, c’est la repentance qu’il nous faut viser (v.19).

Sans elle, nous périrons tous (Luc 13.5) !

Nous avons un poison bien plus contagieux et bien plus mortel à combattre que le Covid-19 : le péché !

Est-ce bien pour ce combat-là que nous mobilisons nos forces, notre énergie, nos prières ? Est-ce bien ce souci-là que nous nous faisons pour nos voisins, nos amis, nos parents ?  

C’est en comprenant que Dieu nous a déjà délivrés de notre pire ennemi, que nous connaitrons ce temps de repos que Pierre annonce dans sa prédication (v.20).

Dieu accomplit des choses extraordinaires à travers des gens bien ordinaires !
 
Des hommes ordinaires (les apôtres) se mettent à parler sous la conduite de l’Esprit Saint des langues humaines qu’ils n’ont pas apprises (v.4).
 
Un pêcheur (Pierre) habitué aux durs labeurs se transforme en un orateur zélé, capable d’annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus à des milliers de juifs (v.14).
 
Une multitude d’hommes pécheurs qui, 50 jours plus tôt, avaient envoyés Jésus-Christ à la croix, reconnaissent leur culpabilité et se convertissent, donnant ainsi naissance à la première Eglise de l’histoire (v.41).
 
Finalement, c’est le propre même de l’Eglise : une assemblée d’hommes bien ordinaires à travers lesquels Dieu accomplit des choses extraordinaires. Des hommes et des femmes qui se réunissent pour lire la Bible, pour prier les uns pour les autres (v.42), pour manger ensemble.
Rien de très impressionnant en soi ! Mais pourtant Dieu agit.
 
Des malades guérissent (v.43), des hommes et des femmes se soucient des plus démunis (v.45) et finalement tous se rendent compte qu’il se passe là quelque chose d’extraordinaire (V.43 et 47) !
Cette période où nous ne pouvons plus nous réunir me rappelle qu’au milieu de l’ordinaire de la vie de notre Eglise, Dieu a prévu d’accomplir des choses extraordinaires : des hommes et des femmes qui se lèvent avec le désir de le servir, d’autres qui se rendent compte de leur péché, qui prennent la décision de changer de vie, qui veulent arrêter de penser à eux pour penser aux autres.
 
C’est souvent quand on ne peut plus faire certaines choses qu’on prend conscience du privilège qu’on avait de les faire.
 
En nous privant de nos temps de communion fraternelle, les circonstances extraordinaires que nous traversons me rappellent que l’Eglise est tout sauf ordinaire !

Que le Seigneur me donne de m’en rappeler quand nos réunions pourront recommencer. Vous m’aiderez à y penser ?

Le livre des Actes va donc nous raconter de quelle manière la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ s’est répandue après que celui-ci soit remonté auprès de son Père.

Ce qui me marque dans ce premier chapitre, ce sont les versets 6 à 8.
On pourrait les contextualiser ainsi :
« Seigneur, est-ce maintenant que tu vas intervenir de manière décisive, en finir avec les malheurs de ce monde, les injustices, et venir tout rétablir selon ta volonté » (v.6)

Et la réponse de notre Seigneur toujours inexorable :
« Ne vous occupez pas de ce que moi je vais faire (v.7), mais concentrez-vous sur ce que vous, vous avez à faire :
être mes témoins là où je vous envoie, là où vous êtes ! (v.8) »

On peut d’ailleurs voir, dans le verset 8, le fil conducteur de tout le livre des Actes : témoin à Jérusalem [ch 1-7],
à Samarie [ch 8-9], au bout de la terre [10-28]

Cet échange entre Jésus et ses apôtres me rappelle que c’est le propre de l’homme que de s’inquiéter de ce qui ne dépend pas de lui ! Jésus nous invite à nous inquiéter, non pas de ce que Dieu fait, mais de ce que Dieu veut nous confier. C’est un remède puissant face aux évènements troublés que nous traversons !

Comment aujourd’hui vais-je me concentrer sur ce que Dieu m’a confié et lui abandonner le reste ?

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