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Le livre des Actes
Un apôtre confiné


J’ai souvent entendu des responsables chrétiens conseiller le livre des Actes à des adolescents pour leur lecture d’été, parce que c’était un livre plein d’aventures. Ce n’est pas un mauvais conseil. D’ailleurs si vous êtes amateurs de ce genre de littérature, vous avez dû vous régaler avec Actes 27 qui atteint un sommet en la matière. Cependant lire le livre des Actes comme un roman d’aventures comporte un problème majeur. La fin est vraiment décevante. Mais bon, ça nous le verrons demain !
 
 
Si le livre des Actes est rempli d’aventures, c’est parce qu’apporter l’Évangile est une aventure ! Mais nous avons vu que Luc visait en fait un tout autre objectif pour son livre.
Toute la fin cherche à montrer que l’arrivée de Paul à Rome est l’œuvre de Dieu lui-même. Malgré les fausses accusations, malgré les complots, malgré la corruption de l’administration romaine, malgré maintenant la tempête, les serpents (Actes 28.4), Paul a pu mener à bien son projet de venir témoigner de Jésus-Christ à Rome. Luc souligne que si ce projet a pu se réaliser, c’est parce que ce n’était pas une ambition personnelle de Paul, mais l’accomplissement de la volonté de Dieu pour son Église.
 
 
C’est bien sûr une fois encore la providence de Dieu qui est au centre de ce passage, mais nous pouvons retirer aussi quelques enseignements très intéressants pour notre propre foi :
 
 
1°) Notre croyance a des répercussions dans notre entourage. Non seulement Paul, mais aussi deux cent soixante-seize personnes à bord ont été au bénéfice de la protection de Dieu, parce que Paul était en train d’accomplir la volonté de Dieu. Et d’un point de vue humain, cela se caractérise d’une manière toute particulière. Un homme influent, ici l’officier Julius, a commencé à faire confiance à Paul de manière inexpliquée. Pas forcément immédiatement ! Dans un premier temps il a préféré écouter le capitaine et le propriétaire du bateau. Mais progressivement, c’est comme s’il discernait que Paul avait une perception éclairée des évènements. Il comprend que Paul pouvait voir ce que lui ne pouvait pas !
Ne devenons pas sages à nos propres yeux, mais retenons que c’est une des manières que Dieu utilise pour se révéler à notre monde. Les enfants de Dieu peuvent être appelés à influencer des décisions humaines, afin que les hommes ne soient plus des aveugles qui conduisent d’autres aveugles (Matthieu 15.14). Dans un contexte comme le nôtre, c’est un appel à prier pour ceux qui parmi nous (CNEF, etc.) sont en contact avec les plus hautes sphères de la nation.
 
 
2°) La foi de Paul se manifeste non seulement par une sagesse dans les décisions, mais aussi dans les réactions. Nous pouvons prendre beaucoup de conseils de tout ce passage.
Tout d’abord, rien dans son attitude ne trahit une quelconque rébellion lorsque son conseil de passer l’hiver sur l’île de Crète n’est pas suivi (11). Trop souvent, nous réagissons mal, quand nous pensons avoir raison. Dieu est souverain, c’est lui-même qui révèlera en temps voulu la vérité.
 
Ensuite, au moment où les évènements lui donnent raison (21), il rappelle certes l’avertissement donné, mais il ne se transforme pas en moralisateur trop heureux d’avoir eu raison contre tous. Au contraire, il devient le premier à encourager chacun (22). Il accepte la situation sans s’attarder sur le « je vous l’avais bien dit ». Il se demande quel rôle, en tant que croyant, il peut désormais jouer pour trouver une solution. Trop souvent en pareille situation, nous devenons aigris et contre-productifs !
 
Enfin sa confiance en Dieu est tellement perceptible, il respire une telle paix que les hommes autour de lui finissent par le suivre dans sa foi : ils acceptent d’arrêter de vouloir sauver leur peau mais se mettent au service des autres (32), après avoir mangé un dernier repas ils jettent les vivre par-dessus bord (38), ils font confiance que les prisonniers ne profiteront pas de la situation pour s’échapper (42). Autant de réactions impossibles pour des hommes se croyant maître de leur dessein (13).
 
Nous ne pouvons pas bien sûr pas présager comment nos réactions influenceront les autres. Mais l’angoisse provoquée chez nos compatriotes par cette pandémie de Covid-19 est un bon entrainement pour nous aider à développer des réactions, qui découlent de notre foi en Dieu. Que le Seigneur nous aide à terrasser nos propres craintes et nos propres angoisses, par la foi en Lui. Une foi réaliste, mais une foi rayonnante !    
 

Il est très intéressant d'étudier le contenu des discours du livre des Actes en fonction de l'auditoire.

Il y a les discours de Paul dans les synagogues, dont le but est de montrer aux juifs que les Écritures annonçaient d’avance la souffrance du messie. Ces derniers ne devraient pas être étonnés qu’on leur annonce Jésus-Christ mort et crucifié, puisque que les prophètes de l’Ancien Testament l'avaient prédit.

Il y a les discours en terre païenne, où l’approche est différente. C’est le cas par exemple à Athènes (Actes 17.16-34), où Paul rejoint ses auditeurs dans leur croyance polythéiste. Il veut leur montrer que l’attente de leur cœur ne peut être pleinement satisfaite que par le Dieu révélé en Jésus-Christ : « ce que vous révérez ainsi sans le connaître, je viens vous l’annoncer ! » (Actes 17.23)

Et il y a enfin, à la fin du livre, ces défenses de Paul face aux accusations qui sont portées contre lui. Cependant même dans ces plaidoyers, Paul emprunte une stratégie similaire. Il cherche à rejoindre son interlocuteur dans ce qu’il connaît, dans ce qu’il croit, pour l’amener progressivement à saisir ce que Dieu lui offre en Jésus-Christ ! C’est particulièrement vrai au chapitre 26 qui s’adresse au roi Agrippa II (21). Le roi Agrippa, un descendant d’Hérode le grand, est aux faits ces croyances juives (27) et au moins officiellement il y adhère. Paul le rejoint ainsi à plusieurs reprises dans ce qu’il croit :

. [Pour nous qui croyons en un Dieu Éternel], « est-ce qu’il serait incroyable que [ce] Dieu puisse ressusciter les morts ? » (8)
. Après avoir reçu une vision du ciel, « je ne [lui] a pas désobéi », ai-je mal agi ? (19)
. D’ailleurs [tu es] au courant de ces faits, car ce ne sont pas en secret qu’ils se sont produits. Crois-tu au prophète roi Agrippa ? Oui je sais que tu y crois ! (26-27)

D’ailleurs Agrippa ne s’y trompe pas. Sa réponse montre bien qu’il voit ce qui est en train de se jouer (28). Elle est très symptômatique. Du point de vue des faits, le roi Agrippa ne trouve rien à redire ! Mais il reconnaît que la foi chrétienne n’est pas un débat d’idées philosophiques ! Il devrait encore « se laisser persuader », pour aller au bout de la démarche.
Pour que le message de l’Évangile soit efficace, encore faut-il l’accepter personnellement.

En fin apologète (défenseur de la foi chrétienne), nous voyons donc comment Paul s’y prend pour annoncer le message de l’Évangile. Il cherche à rejoindre son auditeur dans sa croyance, pour l’aider à comprendre l’offre de Dieu en Jésus-Christ. Il est essentiel pour nous d’assimiler cette « stratégie », pour annoncer l’Évangile de manière pertinente.
Quel est l’arrière-plan culturel, religieux, social de celui à qui je m’adresse. Quelle est sa compréhension de Dieu, du péché ? Est-ce qu’il cherche Dieu parce qu'Il attend de lui quelque chose ? Ou parce qu’il veut le connaître personnellement !

Par amour Dieu nous a rejoints dans notre humanité pour nous sauver du péché. De la même manière, pour annoncer l’Évangile, il nous faut rejoindre notre prochain, ce qui lui permettra de saisir une facette de l’amour de Dieu. Bien sûr cela ne garantira pas une acceptation du message, car il faut que la personne se laisse convaincre par l’Esprit de Dieu ! Mais le témoignage comme les autres domaines de la vie chrétienne n’échappe pas à ce grand principe divin : Dieu nous confie des missions impossibles ! Il veut que nous comprenions que nous ne pouvons pas accomplir sa volonté sans Lui.  Mais pour cela nous devons être prêts à remplir notre part. Quels sont les domaines où je peux progresser dans mon témoignage ?

En lisant Actes 25, une question se pose ! Pourquoi Luc a-t-il pris tant de peine à nous décrire tous ces procès ? Qu’est-ce que cela nous apporte d’avoir le détail de tous ces plaidoyers ? N’aurait-il pas pu résumer ces chapitres, comme il le fait d’ailleurs en ce qui concerne d’autres sujets du livre des Actes ?

Nous pouvons apporter plusieurs éléments de réponse.En tant que médecin de Paul, il est possible que Luc l’ait particulièrement assisté dans cette période de sa vie, et qu’il ait été témoin des évènements qu’il rapporte ici. Il possédait donc peut-être des données de première main, qu’il pouvait plus facilement exploiter.

Un enjeu majeur de tous ces procès, c’est le débat qui opposait juifs et chrétiens au premier siècle de notre ère. Pour Luc, il est important de démontrer que les accusations portées contre Paul (et donc contre l’Église) étaient infondées. Malgré les nombreux procès, malgré les nombreuses accusations, malgré même la corruption des tribunaux, il n’a jamais été établi que Paul ait commis quoi que ce soit de criminel ou d’injuste contre la religion juive. Le but de l’Évangile n’est pas de combattre la religion juive, mais de transformer les cœurs.

Pour Luc, il est essentiel de montrer comment Dieu utilise les contingences humaines pour accomplir son plan. Nous sommes confinés depuis un mois, Paul l’a été pendant plus de deux ans. Il a eu l’occasion de méditer sur ce qui lui arrivait et sur la manière dont Dieu conduisait les évènements. C’est ainsi que face à un nouveau complot fomenté contre lui et devant l’opportunité qui lui est donné de faire évoluer sa situation, il en appelle à César (10). C’est la dernière étape du livre des Actes qui s’ouvre. Une fois encore la providence de Dieu est à l’œuvre ! Les décisions humaines ne peuvent empêcher Dieu d’accomplir sa volonté. Le « que la volonté de Dieu se fasse » (Actes 21.14) chrétien n’a rien à voir avec l'« Inch allah » musulman. Le second est fatidique et incertain, le premier est assuré que Dieu est au contrôle, et qu’il conduit les évènements pour accomplir son plan d’amour pour nous !

Enfin, Luc a pris soin de détailler tous ces procès de manière à rappeler la détention et les procès antérieurs de Jésus. On y retrouve en effet le rôle joué par le temple, les fausses accusations, la torture, l’alliance entre les responsables religieux juifs et le pouvoir romain ! Quel est le but de Luc en faisant cela ? II met l’accent sur un principe clé. Quand les disciples de Jésus-Christ suivent la voie de leur maitre, leur vie commence à ressembler à la sienne.
 
« Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite : Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi ; s’ils ont gardé ma parole, ils garderont aussi la vôtre. » Jean 15.20.
 
De quelle manière puis-je me préparer à cela dès aujourd’hui, pour que le jour où l’opposition et l’injustice surgiront, je ne sois pas dérouté ?

Il est intéressant de comparer la réaction du gouverneur Félix au cours du chapitre 24.

Il semble dans un premier temps plutôt favorable à Paul. Il comprend que les juifs l’accusent, parce qu’il prêche la résurrection des morts et non à cause des différentes attaques prononcées contre lui. Il lui laisse alors un certain nombre de libertés (22-23) et semble même avoir plaisir à l’écouter parler de la foi en Jésus-Christ (24).
 
Mais quand Paul commence à traiter des thèmes qui lui demanderaient une remise en question conséquente, son attitude change rapidement. Paul aborde en effet la question de la justice, de la maitrise de soi et du jugement à venir. A l’écoute de la justice selon la Parole de Dieu, l’administrateur romain avait sans doute de quoi se sentir mal à l’aise dans sa propre pratique, apparemment corrompue (26). Pour ce qui est de la maitrise de soi, la présence même de Drusille à ses côtés témoignait de ses manquements. Félix l’avait en effet fait enlever, alors qu’elle était mariée au roi d’Emèse (note de la Bible du Semeur d’étude). Enfin, l’idée qu’il aurait des comptes à rendre sur son administration lors d’un jugement à venir ne devait guère plaire à cet homme de pouvoir. C’est alors qu’il renvoie Paul en prison, où il le laisse croupir pendant 2 ans, préférant plaire à ceux qui le flattaient (3-9), que se laisser transformer par ce que Paul annonçait.

C’est une attitude fréquente parmi ceux qui nous entourent. Dans un premier temps, ils se montrent intéressés : l’amour, le pardon, la générosité, qui voudrait ne pas le vivre ? Mais quand ils comprennent que cela implique une redevabilité, une lutte contre le péché, l’intérêt se transforme soudainement en hostilité ! La conversion implique une mort à soi-même.
 
Mais nous devons reconnaître que nous aussi, nous pouvons aussi nous laisser gagner par une telle attitude. Il y a certains aspects de la vie chrétienne qui nous dérangent plus que d’autres, certains passages de la Bible qui nous rendent peut-être mal à l’aise. Quoi de plus normal ! Notre cœur a été déformé par des années dans le péché. Il ne supporte pas facilement la volonté de Dieu.  
Que Dieu nous donne l’humilité de nous laisser convaincre par sa Parole, et la détermination de la mettre en pratique. J’ai toujours bien aimé ce sage conseil pour guider ma lecture de la Bible : « Ne te soucie pas tant de ce que tu ne comprends pas dans tes lectures, soucie-toi plutôt de ce que tu comprends et que tu ne mets pas en pratique. » Que Dieu vienne à notre secours !

En Actes 23, la situation de Paul est bien mal embarquée. Il comparait devant le sanhédrin, le grand conseil chargé d’appliquer la Loi juive, qui va pouvoir enfin se débarrasser du traitre devenu chrétien. L’attitude du souverain sacrificateur Ananias (23.2) laisse envisager un procès à charge, sans que Paul ne puisse défendre sa cause. Contrairement à Étienne dans pareille situation, Paul va ruser cette fois-ci en cherchant à diviser ses accusateurs. Paul est venu se jeter dans la gueule du loup en se rendant à Jérusalem, mais il est prêt à se battre pour continuer d’annoncer l’Évangile. C’est encore une démonstration me semble-t-il, que face dans une situation donnée, il n’y a pas qu’une seule manière de suivre Dieu. Paul sait qu’il est appelé à souffrir et à risquer sa vie pour témoigner de Jésus-Christ. Mais il ne s’enferme pas dans une attitude unilatérale, qui l’amènerait à prendre toujours tous les risques. A la suite de notre Seigneur, nous pourrions en quelque sorte appliquer à Paul ces paroles de l’Évangile : « son heure n’était pas encore venue ».

Si l’heure de Paul n’était pas encore venue, c’est que Paul discernait que sa mission n’était pas terminée. Il n’avait pas encore témoigné aux extrémités de la terre (Actes 1.8). Rome, en tant que capitale de l’empire Romain, symbolisait en quelque sorte cette extrémité du monde connu d’alors. La vision du verset 11 vient renforcer la conviction chez Paul qu’il doit aller à Rome ! Mais notons que cette idée n’était pas nouvelle pour lui. Il l’avait déjà exprimé lors de son 3ème voyage missionnaire, alors qu’il était encore à Éphèse (19.21).
 
Paul avait-il discerné que c’est en tant que prisonnier qu’il devait se rendre à Rome ? Sans doute pas. Quand Paul écrit aux chrétiens de Rome (lettre rédigée entre son séjour à Éphèse et son arrestation à Jérusalem), il pense venir en tant qu’homme libre (Romains 15.23-24). Ce n'est que petit à petit, qu'il va discerner le plan de Dieu. Nous voyons une fois encore que Dieu nous en dit suffisamment pour prendre la prochaine décision, mais qu’Il ne nous donne pas un plan tout tracé ! Si c’était vrai pour l’implantation d’Église au 1er siècle de notre ère, à plus forte raison, cela reste vrai pour chacune nos vies.

Enfin, toute la fin du chapitre, nous montre de quelle manière Dieu lui-même va s’employer à accomplir, ce Paul commence à comprendre. Un complot est déjoué par un jeune homme ! Un tribun est prêt à mettre deux cents soldats, soixante-dix cavaliers et deux cents archers pour conduire Paul jusqu’à Césarée, alors que quelques jours auparavant il était en train de le fouetter (Actes 22.24). L'homme le plus haï de Jérusalem est devenu le plus précieux sésame, qu'il faut absolument protéger. Les premières étapes de l’arrivée de Paul à Rome sont en train de se mettre en place à travers la providence de Dieu.
La providence divine à l’œuvre pour une dernière étape romaine de l’Évangile, Rome, c’est d’ailleurs le fil conducteur de la fin du livre des Actes. Après nous avoir montré comment Dieu a renversé les différentes barrières religieuses de la société romaine (juifs, samaritains, païens)  pour répandre l’Évangile, Luc nous montre comment Il a permis que l’Évangile aille jusqu’au cœur de l’administration romaine. Dieu accomplit son plan, à travers nos choix humains.

Discernement (sagesse), intervention particulière de Dieu (conviction, vision), providence divine, voilà 3 moyens que Dieu utilise pour que nous expérimentions sa présence à nos côtés. Dieu ne nous téléguide pas dans nos décisions, mais Il nous équipe, nous convainc, nous précède. Il l’avait d’ailleurs promis : « Et voici je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » Matthieu 28.20

Une large part du chapitre 22 du livre des Actes est consacrée à la conversion de Paul.

C’est l’un des évènements qui nous est rapporté le plus fréquemment dans le Nouveau Testament. On le trouve par 3 fois sous la plume de Luc (Actes 9, 22, 24). Et à plusieurs reprise sous la plume de Paul lui-même (Galates 1 ; I Corinthiens 15 et aussi d’une certaine manière en Philippiens 3).

Il est intéressant de trouver cette touche personnelle de Paul dans ses propres écrits. Cela nous montre que Paul ne s’appuyait pas uniquement sur une juste compréhension de la doctrine pour convaincre ses auditeurs, mais que son témoignage personnel jouait à ses yeux aussi un rôle important. Cela nous rappelle à nouveau les 2 faces de la foi : ce que je crois et ce que je vis. Pour grandir dans la foi, il nous fait veiller à progresser dans ces 2 domaines.

S’il est donc naturel de trouver sous la plume de l’apôtre la mention de son expérience personnelle avec Dieu, il est plus étonnant de voir Luc (l’auteur du livre des Actes) consacrer autant de places à la conversion de Paul. On peut apporter plusieurs explications.

Il y a l’argument affectif. Luc était un proche de Paul. Paul a sans doute joué un rôle de mentor pour lui, ce qui a sans nul doute influencé son écriture.
Il y a l’argument littéraire. Rappelez-vous le but de Luc : montrer de quelle manière l’Evangile est parti de Jérusalem pour arriver aux extrémités de la terre (Actes 1.8). Et là, force est de constater que la conversion de l’apôtre Paul a joué un rôle décisif. De par son caractère, Paul est entré comme un ouragan dans la mission d’apporter l’Evangile aux païens. De par son parcours, Paul a joué un rôle qui a profondément marqué les premières années du christianisme. Le persécuteur devenu prédicateur zélé a attisé la haine des juifs intégristes contre lui. Mais Dieu a utilisé cela pour accomplir son plan. Ses arrestations, ses emprisonnements, ses moments de persécution successifs ont finalement contribué au progrès de l’Evangile. C’est d’ailleurs suite à l’arrestation que nous lisons aujourd’hui qu’il ira jusqu’à Rome. Paul soulignera lui-même cette contradiction : « je veux que vous sachiez, frères, que ce qui m’est arrivé a plutôt contribué aux progrès de l’Evangile » (Philippiens 1.12)[1].

Dans une culture très marquée par la bénédiction visible de Dieu (j’obéis à Dieu, il m’accorde ses faveurs), il était essentiel de le souligner.

Enfin, il y a l’argument contextuel. Il semble que Paul ait adapté son témoignage à l’enjeu auquel il était confronté. En Actes 9, au moment où l’histoire de l’Eglise est en train de basculer, l’accent est sur le « stop » que Dieu a mis sur la route de celui qui persécutait l’Eglise. En Actes 24, alors que Paul répond à ses accusateurs devant des hommes de pouvoir, le témoignage de Paul montre que le changement qui s’est opéré en lui l’a toujours amené à respecter les autorités auxquelles il était soumis. Et ici en Actes 22, alors qu’il est sur le point d’être lynché par la foule, il souligne l’ancrage de l’Evangile dans la religion juive (22.3 ; 22.12 ; 22.17).

N’oublions jamais que Dieu aurait pu faire sans nous, mais qu’Il a choisi de faire à travers nous. Le témoignage joue un rôle central. Il ne s’arrête pas comme nous le croyons trop souvent à notre moment de conversion. Témoigner de ce que Dieu a fait et de ce qu’Il continue de faire est essentiel ! Il me permet de mieux comprendre l’action de Dieu dans ma propre vie. Et c’est un moyen que Dieu utilise pour se révéler à ceux qui nous entourent. J’entends parfois des chrétiens dire que leur témoignage est sans intérêt. C’est faux. Personne n’a "un parcours à la Paul", mais pourtant chaque histoire est une pièce du puzzle qui reflète Dieu. Chacun, nous témoignons à notre manière, qu’avant nous étions morts, et que désormais, nous sommes vivants. Rappelons-nous que le héros de notre témoignage, ce n’est pas nous ! C’est Dieu.


[1] Même si cette phrase a été prononcée à l’occasion d’une autre arrestation
Une question revient souvent parmi nous les chrétiens : comment faire pour connaître la volonté de Dieu pour ma vie. Comment savoir le métier que Dieu veut que je fasse ? Comment savoir si je dois m’engager dans tel ou tel projet ? Il me semble qu’Actes 21 apporte un certain nombre d’éclairages sur ces questions.

La première chose qu’il nous faut repérer c’est la volonté générale de Dieu. D’une certaine manière, la volonté de Dieu pour nous est très claire. C’est premièrement  que nous acceptions l’Évangile et ses conséquences dans notre vie (que je sois sauvé) et deuxièmement que nous le rejoignons dans son plan pour l’humanité (que les autres soient sauvés). Et nous avons observé tout au long du livre des Actes que dans les moments de perplexité, Dieu a précédé ses témoins. Rappelez-vous de l’épisode des Samaritains, de Corneille, ou de Troas! En tant que disciples, voilà donc une réponse claire quant à la volonté de Dieu. Dieu nous invite à le rejoindre dans ce qu’Il accomplit déjà. Pour connaître la volonté de Dieu pour ma vie, je dois donc changer de paradigme et me préoccuper premièrement du Royaume de Dieu (Matthieu 6.33).

Mais même pour celui qui se préoccupe de l’avancée du Royaume de Dieu, la question de la volonté particulière de Dieu reste posée, car la vie toute entière est faite de choix ! C’est là où le passage d’Actes 21 est particulièrement intéressant. Paul est en route pour Jérusalem, mais il lui est conseillé à deux reprises de ne pas s’y rendre. A chaque fois, Luc précise que c’est poussé par l’Esprit de Dieu, que ces conseils lui sont donnés (21.4,12). Pourtant Paul, tout en reconnaissant ces visions comme inspirées, fait le choix de poursuivre sa route. Il avait d’ailleurs un peu plus tôt lui-même affirmé « que c’est l’Esprit qui le poussait à aller à Jérusalem », dans son discours aux anciens d’Éphèse (Actes 20.22). De prime abord, on pourrait trouver cela contradictoire. Pour quelqu’un qui voit la recherche de la volonté de Dieu uniquement comme un choix entre A et B, dans cette affaire forcément l’une des deux parties se trompe. Soit l’Esprit de Dieu pousse Paul à aller à Jérusalem, soit Il ne le pousse pas.  Mais à la lecture de ce passage, il semble bien que cette manière de voir la volonté de Dieu soit réductrice.

En fait, il y a contradiction si nous voyons le choix d’aller à Jérusalem, comme l’élément essentiel ! On se dit : « Paul, tu pourrais faire un meilleur choix et t’éviter bien des problèmes ». Mais je crois qu’ici « aller à Jérusalem ou pas » n’est pas l’essentiel. L’essentiel c’est qu’en tant que disciple, nous n’attendions pas de Dieu un schéma tout tracé, mais que nous rejoignons Dieu dans son plan. Alors, la contradiction tombe.
C’est le cas des disciples. Ils rejoignent Dieu dans son plan, en avertissant Paul par amour, sans lui imposer leur préférence !
Paul aussi rejoint Dieu dans son plan. Il sait que la volonté de Dieu ne nous épargne pas la souffrance. Jésus a souffert pour nous sauver de nos péchés. Paul est prêt à souffrir de la même manière (I Pierre 4.19). A cause de son caractère, de ses qualités, de son histoire, Paul avait la conviction qu’il devait affronter le terrible destin qui l’attendait, en se rendant à Jérusalem.

Que retenir de cela ? Il nous faut changer de lunettes ! Chercher la volonté de Dieu, ce n’est pas demander à Dieu de nous conseiller dans nos propres voies, mais c’est rejoindre Dieu dans ce qu’il accomplit déjà ! Il ne semble pas le que le téléguidage soit la manière habituelle avec laquelle Dieu procède (même si cela peut arriver). Dieu nous a donné la liberté de l’aimer ou pas. Et je crois qu’Il veut nous donner une certaine latitude dans nos choix, pour affermir notre amour pour Lui.

« Fais de l’Éternel tes délices, Et il te donnera ce que ton cœur désire ! » (Psaume 37.4)

Ma responsabilité, c’est d’avancer main dans la main avec mon Dieu, en prenant des initiatives cohérentes avec son plan, en purifiant mes désirs par une meilleure compréhension de son salut, en obéissant à ce qu’Il dit clairement dans sa Parole, et en lui faisant confiance devant chaque étape !
 
Cette perspective de la volonté de Dieu enlève pas mal de pression pour nos choix de vie ! Chercher Dieu pour ce qui dépend de nous, lui faire confiance pour le reste, car nous avons cette assurance : « quoi qu’il arrive la volonté de Dieu se fera ! » (21.14)

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